Une justice et une égalité digne de ce nom.

Je voudrais rêver du jour où nous serons tous traités avec équité. Admis tels que nous sommes, avec nos différences et nos spécificités. Les seules différences seraient nos limites propres, chacun serait responsable de son avancée sans entrave extérieure. Aucune excuse pour ne pas réussir, briller, transcender.

L’inconscient collectif n’aurait aucune emprise ni filtre et œuvrerait à l’épanouissement de chacun.

Au lieu de cela

Les inégalités ne cessent s’accroître. Les injustices se multiplient. Le désespoir et la haine augmentent.

Petite, lorsque nous avions abordé les guerres mondiales, je m’étais réjouie d’être née au XX ème siècle. Ère où la vie avait une valeur absolue. Je pensais que la vie était sacrée et que chacun avait la garantie de sa sécurité au nom de notre humanité. Je pensais que le respect était une chose naturelle et la bienveillance obligatoire.  

J’ai vécu de façon candide, et depuis beaucoup de guerre sans fin et toujours avec autant de dégâts humains. Des régions entières rayées de la carte, des cités et des territoires devenus hostiles. L’être humain s’est avili, rabaissé et va finir par anéantir l’humanité.

Et pourtant je sais qu’il existe des personnes formidables, que je qualifie de personnes en or. Hélas dans l’alchimie du bien et du mal le maléfique semble l’emporter. 

Une fois de plus la haine a frappé. De pauvres et innocentes personnes, comme à chaque fois, ont été fauchés.

Comment prend on la décision de mettre fin à une vie ?

Comment en arrive-t-on à décider qu’autrui n’a plus besoin de continuer à vivre ? 

Comment penser qu’un autre humain ait moins de valeur que soi ? Comment rester humain après toutes ces horreurs ?  

Je questionne et me questionne sur notre manque d’amour et d’empathie.

Je questionne sur notre manque de solidarité et de fraternité.

Je nous pose la question quant à la postérité, quel héritage laissons-nous maintenant que l’humanité a déserté ?

La terre serait-elle devenue exiguë, trop étroite pour tous nous contenir ?

Non, juste nos cœurs devenus trop secs pour aimer, trop avides pour partager, trop intéressés pour contenir de l’amour pour autrui. 

Une histoire bien chargée

L’humanité a déjà traversé tellement de bouleversements. Tant de conflits, de guerres, de génocides, d’homicides, de fratricides, et cela ne fait que s’accroître.

La négation de l’humanité de l’autre conduisit à l’esclavage par le passé. Les séquelles de cette tragédie sont qu’à ce jour la communauté Noire est en mauvaise posture. Reléguée au rang inférieur encore et trop souvent. D’autres communautés connaîtront des épreuves affligeantes, certains seront réhabilités et d’autres pas.

L’ardoise de l’humanité est bien salée et je ne parle pas d’environnement. Seulement à sa propre échelle, la conscience lourdement chargée.

Constat

J’ai débuté ma carrière dans une clinique où j’ai si souvent essuyé les remarques désobligeantes de la part de certains patients.

  • « Je n’ai pas vu l’infirmière de la journée ! » « Vous plaisantez je suis passée combien de fois dans votre chambre ? » « Ah c’est vous ? Vous semblez si… » « Si..? » « Jeune ! » Ben voyons…
  • Un patient au téléphone, j’entre : « Bon je te laisse y’a la femme de ménage ! » Bon celui-là je l’ai injecté et je suis repartie sans me présenter. S’il est assez simplet pour se laisser injecter par la femme de ménage je ne peux plus rien pour lui.
  • « Vous venez de loin ? » « De seine St Denis » « Non pas ça… » « Je suis originaire de la Beauce » J’ai failli le perdre ! Pour les plus insistants j’ai beau dire que j’ai toujours vécu ici, mais rien à faire, ils ont besoin de me géolocaliser ailleurs sur la planète, pour se rassurer sans doute.
  • Lors d’une mission en intérim : « T’es infirmière, toi ? » « Faut croire »
  • On me présente, précisant que je suis infirmière : « Ah bon ? Et tu as un diplôme ? »

A cette époque j’avais encore l’énergie et la répartie. Maintenant je questionne sur le pourquoi et sans raison valable pas de réponse, ou alors je fais une réponse de normande. Toutefois il m’a fallu trouver des parades, tout en restant dans mes valeurs de respect et ma réplique préférée à la question incontournable « D’où venez-vous ? » « Je ne sais pas, j’ai été adoptée ! » Un bonheur de voir la personne se confondre en excuses, et moi feignant l’empathie : « Vous ne pouviez pas deviner.« 

Bref, tout ceci pour illustrer le propos, quasi quotidien si l’on n’y met pas un frein.

Un quotidien parfois pesant quand nous sommes confrontés trop souvent à cet autre qui nous renvoie à notre différence.

Peut-on parler de racisme latent ?

J’ai entendu parler de racisme inconscient. Il s’agit du fait de proférer des paroles qui ont la teneur de préjugés que l’on aurait entendu et que l’on transmet sans conscience des conséquences.

Quelques exemples du quotidien :

  •  » Ça vient de ton pays ?  »
  •  » Vous n’avez pas d’accent c’est incroyable !  »
  •  » Mais qu’est-ce que tu t’exprimes bien ! « 
  •  » Et sinon dans ton pays … »
  •  » Tu as de la chance, tu es habitué au soleil toi ! « 
  • A la douane : « Et sinon qu’est-ce que vous faites dans notre pays ? » Toi qui pensais en faire partie.

Et la liste est longue, toutes ces réflexions pour exclure l’autre et creuser un fossé culturel. Il y a quelques ignares et beaucoup de maladroits dans le lot.

Entretien avec mon enfant

 » Maman, tu vois certains sont discriminés pour leur couleur, d’autres pour leur genre et d’autres encore pour leur religion. Et moi je cumule les trois possibilités… J’y pense souvent.  »

Que peut-on répondre à une jeune adolescente qui s’interroge sur son devenir ? Qui questionne le monde qui l’entoure et me prend à témoin. Comment puis-je la rassurer ? Lui expliquer que dans le jeu de la vie si tu as de bonnes cartes la suite sera facile, et que dans le cas contraire il va falloir lutter de toutes ses forces, mobiliser toutes ses ressources et ne jamais faiblir ni faillir.

Prouver sa légitimité, prouver sa dignité, aller arracher son dû et s’imposer. Arriver au sommet épuisé(e) et tellement fier(e) de soi. Parce que l’on a su avancer malgré la tempête, malgré les regards pas toujours bienveillants, malgré les embûches.

La responsabilité est collective. Chacun alimentant les préjugés, la stigmatisation, l’inconscient collectif sature d’à priori. Ces idées reçues, toutes faites, ces rumeurs, souvent infondées, basées sur la peur et l’ignorance.

Nous perdons beaucoup de temps à nous juger, à pointer les différences, à extrapoler ce qui nous oppose. Au lieu d’encenser notre complémentarité, nos points communs et tout ce qui mène à l’unité, à notre humanité commune.

Je tremble en écrivant.

J’ai mal, je suis révoltée, ces situations me révulsent. Je suis pleine de rage et en même temps je me sens si impuissante mais ma plume est intarissable. Elle continue de griffonner pour exorciser, à tracer pour libérer, à raturer pour conjurer, à parcourir la page pour trouver un sens à ce chaos. 

A notre échelle, notre part est d’aimer plus, de fraterniser davantage, partager encore et invoquer avec ferveur pour l’humanité, pour la paix et contre la haine aveugle.

Et pourtant…

Je ne désespère pas de la prise de conscience et d’un futur meilleur. A condition de prendre les mesures nécessaires dès aujourd’hui afin de récolter les fruits d’une passion future. Après le rêve l’action, ne plus accepter nulle forme d’injustice, ne plus banaliser la violence ordinaire et le racisme inconscient quotidien.  » Qui ne dis mot consent. «  Dans ce cas je ne souhaite pas endosser une once de cette responsabilité.

Être un vecteur de la paix et non augmenter le chaos ou la dissension. S’engager pour la cohésion, être actrice de l’unité.

La cohésion est la force, la beauté, l’unité par laquelle nous devenons un tout harmonieux et invincible.

La citoyenneté est un fait et non un choix. Nous sommes tous égaux c’est un fait. Bien que certains aient tentés en vain d’exclure d’autres du champ de la citoyenneté.

Améliorer notre société, c’est toujours possible… La fraternité, surtout, consiste à ne pas abandonner les laissés-pour-compte.

Georges Charpak, physicien

Bien à toi,

Mahany


Mahany

Je suis passionnée de lecture, je rêve d'écrire de façon assidue. Je m'intéresse aux voyages et à la nature. J'aime aussi le cinéma et les sorties culturelles. Je suis à la recherche constante d'amélioration de ma personne, de savoirs, et j'aime partager mes bons plans. Au plaisir de vous lire. Mahany

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